Je suis actuellement doctorante en esthétique à l’EHESS, au Centre de recherches sur les arts et le langage, sous la direction de Marielle Macé. Je soutiendrai le 17 décembre 2026 une thèse sur travaux (doctorat par VAE).
Plus d’une vie. L’écologie profonde et ses héritages (philosophie, récits, luttes)
Cette thèse rassemble l’essentiel de mes publications pour en dégager la cohérence rétrospective. Considérées dans leur ensemble, elles apportent des éléments de réponse – philosophies, sensibles et tangibles – aux crises (environnementale, sociale et psychique) qui nous assaillent, et dessinent les pans d’une philosophie de vie, ou plus exactement, d’une philosophie du mieux vivre. Le mémoire de synthèse qui accompagne ces publications ne se limite pas à leurs résultats : il s’attarde sur les notions investies, sur les propositions de recherche et sur l’écriture elle-même. Il se déploie donc selon des modalités de pensée autant que selon des thématiques.
La première partie présente mes trois livres consacrés à l’écologie profonde d’Arne Næss, dont l’oeuvre était encore peu acclimatée au domaine français. Je les aborde par un biais existentiel et expérientiel : en montrant comment certains concepts (sentiment d’identification à la nature, réalisation de soi) prennent racine dans la vie du philosophe. Ces réflexions trouvent un prolongement esthétique dans Renouer avec la Terre (Seuil, 2025), étude consacrée au sentiment du sublime.
La deuxième partie pense les héritages de nature combative que l’écologie profonde et la vie de Næss m’ont insufflés. Une réflexion sur l’exploitation au travail précède l’élaboration d’une pensée féministe de la bisexualité (Vivre fluide, Faubourg, 2022). Dans le sillage de la psychanalyse, Au-delà du moi (Faubourg, 2025) interroge les psychothérapies assistées par des substances psychédéliques, qui élargissent le champ de la conscience et questionnent autrement notre appartenance au vivant. À travers ces publications, les mouvements en tension de l’assujettissement, de la lutte et de l’émancipation sont pensés en mêlant théorie et récit.
La dernière partie déploie une réflexion sur ma pratique de la bande dessinée comme dispositif conceptuel qui pense par la forme (Sartre, Dargaud, 2015 ; Et il foula la terre avec légèreté, Futuropolis, 2017). Avançant par figures et images-clés, mon écriture scénaristique fait incarner à des personnages les valeurs d’un système philosophique, sans relever de l’illustration. Cette analyse arpente des livres regroupés sous l’appellation « bande dessinée du réel » – une façon documentaire, mais aussi philosophique de donner à voir et à penser le réel, l’histoire et la condition humaine, dans toute leur complexité.
« Plus d’une vie » : la formule dit à la fois la pluralité du vivant, la richesse des vies menées, l’attachement à la psychanalyse existentielle, à la biographie des philosophes et la nécessité de multiplier les formes (philosophiques, narratives, graphiques) par lesquelles une vie se pense – une vie, donc, qui jamais n’en reste à être une seule.